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Q&R : Comment réaliser un dessin en très grand format à l'encre de Chine ?


Dans chacune de mes newsletters, je réponds à une question que vous m’avez posée, qu’elle concerne mon processus de travail, les techniques que j’utilise, les commandes d’illustration, etc. Je retransmets mes réponses dans cette section du blog pour que vous puissiez les retrouver à tout moment. Et si une question vous trotte en tête, n'hésitez pas à la poser via la boîte à questions !



Serre botanique de Göteborg, Suède

Avez-vous une méthode particulière pour vos dessins en grand format ? Quels conseils donneriez-vous pour se lancer dans un dessin d’une telle taille ?


Les dessins en très grand format sont des moments particuliers de création, puisque ce sont des projets que je poursuis sur un temps assez long, en général sur plusieurs mois. Ce sont donc des projets que je mène en général en parallèle d'autres commandes ou travaux.


Une fois passée l’étape des recherches botaniques et des petits croquis pour déterminer les plantes que je vais représenter ainsi que le choix du format du dessin, la première étape consiste à réaliser une esquisse globale, pour penser la structuration de mon dessin. Je commence donc par définir les grandes lignes et la taille des différents éléments dessinés par rapport au format. Je réalise cette étape soit de façon traditionnelle en dessinant sur une feuille aux mêmes proportions que le format définitif, ou alors en assemblant mes croquis de façon numérique, en ayant préalablement scanné mes croquis. Cela me permet de déplacer et de changer les proportions des différents éléments de mon dessin de façon plus rapide et de pouvoir ainsi essayer de très nombreuses possibilités de compositions. Selon la complexité du dessin, il est aussi tout à fait possible de réaliser l’esquisse directement sur le format définitif, pour peu d’avoir suffisamment de recul pour pouvoir le regarder dans son ensemble.


Si le dessin est composé de végétaux représentés à l’échelle 1, alors la taille du dessin n’est pas prédéfinie, mais au contraire le format va plutôt se définir en fonction de la taille des plantes que je représente. C’est aussi à cette étape que je définis la technique que je vais utiliser, selon le niveau de détail que je souhaite, les textures à représenter ou bien si le dessin comportera de la couleur. Les formats au-delà de 150 cm sont particulièrement intéressants car ce sont des formats que l’on aborde différemment en tant qu’artiste car ils demandent une gestuelle tout à fait différente de celle des petits formats, mais aussi en tant que regardeur dans le sens ou l’on appréhende différemment ces formats qui sont à l’échelle de notre corps. En ce qui concerne la mise en œuvre après avoir reporté l'esquisse sur le format définitif, je conseillerais de ne pas hésiter à travailler debout (en ayant notre dessin directement au mur ou sur chevalet), pour pouvoir déployer des mouvements avec tout le corps, développer des formes avec des gestes amples et expérimenter différentes gestuelles. Je conseillerais aussi de prêter une attention particulière au support sur lequel on dessine si on ne veut pas que la texture de celui-ci ressorte et s’imprime sur le dessin, mais c’est aussi un des paramètres avec lesquels il est possible de jouer pour obtenir des textures singulières. A vous de jouer !






Comment travaillez-vous l’encre de Chine sur vos grands formats pour obtenir ce résultat ?


J’ai en effet réalisé la plupart de mes dessins en très grand format à l’encre de Chine, en utilisant principalement des feutres à l’encre de Chine comme les « Pitt artist Pen » de chez Faber Castell, que j’apprécie notamment pour la densité de leur encre mais aussi pour les différentes formes de leurs pointes. Le fait d’utiliser des feutres fins de ce type sur un très grand format peut paraître un brin contre-intuitif, mais cela me permet de développer des textures assez fines et riches.


Je travaille donc avec une gestuelle très répétitive pour développer des tissages de lignes détaillées, en adaptant mon geste selon la régularité de la texture que je cherche à réaliser. Je joue bien évidemment avec les différentes épaisseurs possibles de feutres, mais aussi avec le grain du papier dont la structure peut révéler différentes trames. Comme je l’évoquais, il est tout à fait intéressant de jouer avec la texture d’un support placé en dessous du papier pour élargir la palette de rendus possibles !

Selon le dessin que je réalise, il m’arrive aussi de revenir avec une gomme abrasive pour revenir « sculpter » dans mon dessin, ou une gomme douce pour atténuer l’aspect brillant que peut prendre l’encre de Chine en séchant, selon le rendu souhaité.

Travailler sur un grand format tout en gardant un niveau de détail élevé est donc quelque chose qui m’intéresse beaucoup, et qui donne plusieurs niveaux de lectures possibles d’un dessin, selon la distance à laquelle il est observé.


Jardin botanique de Glasgow, Écosse

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