Camille Charnay, l’art de révéler le végétal
IMMOMAG N°71 - RUBRIQUE ARTISTE - PAR FABRICE CLARY

À la croisée de l’art et de la science, Camille Charnay redonne au dessin botanique une place singulière. Entre Marseille et la vallée du Lot, où elle a grandi, l’artiste développe une œuvre d’une précision remarquable, guidée par une conviction simple : apprendre à regarder le vivant. Née à Cahors, Camille Charnay découvre très tôt le monde des formes et des textures. Sa mère, restauratrice de monuments historiques, l’emmène sur ses chantiers dès l’enfance. Là, elle observe, puis participe, apprenant la rigueur du geste, le respect de l’existant et le sens du détail. Ce compagnonnage précoce marque durablement son regard. Après une classe préparatoire à Toulouse, elle poursuit ses études aux Beaux-Arts de Lyon puis à Marseille, où elle obtient son diplôme en 2018. Peu encouragée à suivre la voie du dessin botanique dans ces cursus orientés vers l’art contemporain, elle choisit pourtant d’y revenir, enrichissant son parcours par des formations en botanique et en illustration naturaliste.
Dessiner pour comprendre
Chez Camille Charnay, le dessin est bien plus qu’un médium : c’est un outil de connaissance. « Dessiner, c’est apprendre à voir » résume-t-elle. Ses œuvres ne se limitent pas à une représentation fidèle : elles deviennent de véritables portraits de plantes, où apparaissent singularités, défauts et traces de vie. Elle travaille principalement au graphite, privilégiant la sobriété du noir et blanc pour mieux explorer les textures, les lumières et les volumes. Porte-mine ultra-fin, poudre de carbone, estompes ou pinceaux lui permettent d’atteindre un niveau de détail proche de la photographie, tout en conservant la sensibilité du trait. Le choix du support fait partie intégrante de sa démarche : papier lisse ou texturé, blanc ou teinté, voire fibres de canne à sucre pour ses tirages d’art. Chaque décision est pensée en fonction du sujet et de son rendu. Son travail repose sur un dialogue constant entre terrain et atelier. Elle dessine d’après nature autant que d’après photographie, notamment pour des œuvres nécessitant des dizaines voire des centaines d’heures de travail. Le microscope devient parfois un outil précieux pour explorer des univers invisibles, comme celui des mousses, qu’elle affectionne particulièrement. Fascinée par les formes d’adaptation du végétal, elle s’intéresse aussi aux plantes épiphytes, capables de vivre sans sol, ou aux variétés panachées dont chaque feuille devient une composition unique.
Du papier au mur
Si le dessin reste au cœur de sa pratique, Camille Charnay en explore aujourd’hui toutes les déclinaisons. Illustrations pour la presse, l’édition ou le packaging, collaborations avec le monde scientifique ou du luxe : son travail s’adapte à de nombreux contextes. Elle intervient également à l’échelle architecturale, réalisant des fresques murales sur mesure. Certaines atteignent plusieurs mètres, comme ce rosier peint grandeur nature, feuille par feuille. Ces œuvres, pensées en dialogue avec leur environnement, confèrent au dessin une dimension immersive et durable. Des alternatives existent aussi, comme les impressions murales ou les tirages grand format, permettant de diffuser son travail tout en conservant un haut niveau de précision. Artiste indépendante, Camille Charnay gère l’ensemble de son activité : création, commandes, communication, diffusion. Elle propose également des ateliers et stages, transmettant son approche du dessin botanique à un public varié. Au cœur de sa démarche, une volonté de transmission. À travers ses œuvres, elle invite à ralentir, à observer autrement, à redécouvrir la richesse du végétal. « Il ne s’agit pas seulement de voir les plantes, mais de les rencontrer » explique-t-elle. Son retour régulier dans la campagne lotoise, notamment à Saint-Cirq-Lapopie, nourrit cette vision. Un territoire familier qu’elle redécouvre sans cesse, au fil des saisons et des détails. Dans un monde saturé d’images, le travail de Camille Charnay propose une expérience inverse, prendre le temps.

Sources :
https://www.calameo.com/read/007913295f64d04d2d786 IMMO MAG n°71 - Rubrique Artiste - Fabrice CLARY


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